Un numérique éco-responsable est-il possible ?

J’ai participé au courant du mois de mai à la rencontre-débat Tous connectés : un numérique éco-responsable est-il possible organisée conjointement par Rue89 Strasbourg et Le Shadok. Je vous propose un compte-rendu avec quelques informations clés issues de l’échange avec les deux intervenants :  Bela Loto (directrice de la Maison de l’Informatique Responsable) et Romaric David (responsable du data-center de l’Université de Strasbourg). Le tout est ponctué de quelques-unes de mes réflexions sur l’impact du numérique.

Consommation et combustion

Première information et non des moindres : il faut entre 40 et 50 métaux pour construire un smartphone ou un ordinateur portable. Issus de minerais de plus en plus rares et contrôlés par une minorité, ces ressources s’amenuisent et les conditions d’extraction sont extrêmement dangereuses. Nous pouvons donc nous questionner sur l’impact environnemental de ces produits, alors que nous remplaçons en moyenne nos smartphones tous les 18 mois.

Romaric David a abordé la consommation énergétique des datas-centers et plus particulièrement le réemploi de la chaleur produite par ce type d’environnement. À l’Université de Strasbourg, il est envisagé que des logements étudiants situés à proximité du data-center soient prochainement chauffés grâce à cette énergie. Bonne nouvelle !

Fermer les flux

Comme on conseille vivement de fermer le robinet lorsqu’on se brosse les dents, il s’agit de débrancher sa télévision ou encore sa box Internet lorsqu’on ne les utilise pas. Cette démarche individuelle est appuyée par Bela Loto qui mentionne une réduction de 80€ sur sa facture d’électricité annuelle en cessant cette énergie vampire, expression désignant l’énergie consommée par les appareils en veille.

La box Internet, avec ses 24 millions de produits en France, représente à elle seule 0,8% de la consommation électrique du pays. Énorme, vous ne trouvez pas ? Surtout si l’on compare ce chiffre avec son usage au quotidien ! Nous laissons tous en permanence ce petit boîtier allumé. Mais est-ce bien nécessaire lorsque nous dormons, nous sommes au travail ou en déplacement ? Je vois quelques points de friction qui peuvent éventuellement pointer le bout de leur nez : allumage lent, temps d’initialisation, appréhension possible …. Un élément intéressant qui a été évoqué, est de rendre plus rapide l’allumage, ce levier d’écoconception pousserait davantage les consommateurs à effectuer ces actions écoresponsables.

Prolonger la durée de vie

Depuis 1985 jusqu’à aujourd’hui, les ordinateurs sont passés d’une durée de vie de 11 années à seulement 4 ans. Une des solutions avancées est d’acheter directement des équipements plus performants (par exemple des ordinateurs avec une RAM 16Go aujourd’hui) et bien évidemment de voir s’ils sont réparables. Romaric David a proposé de nombreuses solutions, on pourrait penser par exemple à un Nutriscore appliqué à l’informatique.

Les enjeux dans la conception sont aussi importants que ceux durant l’utilisation du produit. Aussi, la standardisation des composants, comme ce fut le cas avec l’USB-C tendrait à une plus grande flexibilité dans le remplacement de pièces. La performance, une des principales raisons de changement de matériel, peut être améliorée en reformatant le disque dur de l’ordinateur par exemple. Avec ces petits gestes, on allonge la durée de vie de quelques mois voire années.

Aujourd’hui le consommateur éclairé est malheureusement un expert.

Enfin, on ne le soulignera jamais assez, mais les points de collecte sont le premier pas vers le recyclage. Il serait mieux de les penser en terme de ressource qu’en terme de déchets (métaux qui peuvent être refondus, pièces qui peuvent être réutilisées, etc.).

La croissance du libre, aussi bien sur le software que le hardware, est aussi un levier important pour mettre plus d’éco-responsabilité dans le numérique. Des outils alternatifs, comme le Fairphone, Linux ou les ordinateurs de la marque suisse Why! ont été énumérés durant le débat. Mais deux des principaux freins sont la résistance face au changement et la perte de repères. Nous avons été (et sommes toujours) conditionnés par une logique et des réflexes imposés par des marques, aussi bien Microsoft, qu’Apple, etc. À bien y regarder, nous ne contrôlons plus ces outils qui ont pris une telle ampleur dans notre vie.

Concernant le cloud et son utilisation exponentielle ces dernières années, il faut confronter plusieurs arguments pour en évaluer l’impact écologique. D’une part, il nécessite un espace de stockage physique (toujours et encore des datacenters). Bien sûr, on peut y voir un avantage certain, puisque les données sont stockées dans un lieu plus sécurisé qu’une maison ou qu’un local d’entreprise.  D’autre part, il nécessite un transport de donnéessupplémentaire contrairement au stockage local, et ce aussi bien pour l’envoi que la réception de ces données et cela est énergivore.

Pour conclure, j’ai beaucoup apprécié les différents profils des participants du débat qui ont, grâce à leurs questions, nourri l’échange : directeur d’Envie à Strasbourg, responsable d’un Repair’Café, utilisateur d’un FairPhone, bénévole de l’association Alsace Réseau Neutre ou encore informaticiens.

Vous pouvez retrouver l’intégralité de l’échange en vidéo (comptez une heure d’écoute) sur le site Internet de Rue89 à cette adresse.

Ressources

Pour prolonger votre réflexion (ou vos actions !), je vous invite à consulter ces quelques ressources qui ont été évoquées durant l’échange :

ÉcoInfo est un groupement de service du CNRS à destination des acteurs de l’enseignement supérieur de recherche pour y réduire les impacts de l’informatique. Cette plateforme regorge de nombreuses informations sur différentes thématiques : obsolescence programme, data-center, l’analyse du cycle de vie ou encore les effets rebonds du numérique.

L’association HOP (Halte à l’Obsolescence Programmée) Des enquêtes, des propositions d’action et des ressources pour à la fois sensibiliser le grand public, les politiques et les entreprises, vous y retrouverez également des actualités sur les avancées face à la lutte contre l’obsolescence programmée.

Le blog Green IT dont les articles abordent les sujets du numérique responsable, le low-tech numérique ou encore l’écoconception web et de service numérique.

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